Bonjour à tous,
C'est drôle de vous écrire d'ici dans des bruits familiers redécouverts : la machine à laver le linge ! la circulation routière... en Afrique ls fenêtres n'ont pas de vitre, le voisin est chez vous quand qu'il parle d'amour ou de guerre et vis versa... quand je regarde par la fenêtre maintenant les vitres ont repris leur place dans leur encablure et le soleil de l'été indien me fait cligner les yeux : y'a pas à dire, je suis en France !!! Et depuis 10 jours maintenant....
Histoire d'un retour pas comme les autres, la première étape africaine de Biaumonde se termine :
Retour en arrière, retraversée la mer et revenir au Togo à Kpalimé :
comme prévu, je suis montée à Sokodé en début de semaine rencontrer Arizina Dja, maraîcher biodynamiste installé dans le Nord du pays. Et le Nord, il se mérite : comme tous les déplacements de plus d'une 100taine de km en Afrique, la patience est de rigueur.
Komla a pu se libérer pour m'accompagner : nous prenons un taxi brousse à Kpalimé : c'est une fourgonnette qui va à Atakpamé où il sera plus facile de trouver un nouveau véhicule pour Sokodé (il y a bien des directs depuis Kpalimé mais comme il faut attendre que le véhicule soit plein : il ne part généralement pas avant le soir voir le lendemain à l'aube !). Va pour Atakpamé : on nous annonce qu'il manque encore 2 personnes, moi je me demande déjà comment on va rentrer : 2 personnes à l'avant sur le siège passager, 2 à l'arrière sur la première banquette et 1 autres sur la 2ème avec 3 poules. J'opte pour covoiturer avec les volatiles : au moins derrière, il n'y a pas trop de va et vient de passagers car c'est là que sont placés ceux qui vont jusqu'au terminus... Attente (je bénis le ciel de ne pas être venue en saison sèche, je serais déjà bonne à mettre en sachet lyophilisé !) Les 2 derniers arrivent enfin : ca fait 3 + les poules sur ma banquette, 4 sur celle de devant et 2 à l'avant. Komla m'apprend que ce n'est qu'un début car on prend d'autres passagers en route qui se mettent face à nous et dos au conducteur : je souris indulgente et en aimant de plus en plus les poules...j'ai bien fait de me mettre sur la dernière banquette !
Première étape à Atakpamé pour changer de taxi brousse : il était temps, la baignoire en plastique pour bébé qui avait été ajoutée ds le coffre au dernier moment au dessus des sacs de mais, d'igname et de manioc commençait à s'incruster dans ma nuque !
J'ai faim : nous trouvons des « patés » (beignets) pour 25 cts de francs mais ils sont tellement gras que je n'arrive plus à les finir.
Nouveau départ en taxi pour se placer sur la route vers Sokodé (heureusement que Komla est là, j'aurais mis des heures à comprendre l'astuce) pour prendre un autre taxi brousse. Atakpamé est une ville en hauteur tout en relief, elle me fait penser à une ville tibétaine (l'image que j'en ai) avec des africains partout...
Redépart... Je m'endors, j'ai une aptitude à dormir n'importe où maintenant, dans n'importe quelle position... un peul fait des mimiques rigolotes à une femme assise à côté de moi qui lit la bible. Il ne parle pas l'éwé, elle ne parle pas le peul, je ne parle ni l'1 ni l'autre : je peux dormir tranquille, je ne serais pas un bon interprète !
Arrivée à Sokodé en fin d'après-midi (8h de route...) et oh surprise : il y a des trottoirs à Sokodé ! Komla m'explique que ds le Nord, la mentalité est bien différente : les gens sont mieux organisés (surtout les agriculteurs), plus travailleurs : les trottoirs ont en st la première démonstration...
Arizina est un homme fantastique et la journée passée avec lui fut trop courte : je vous transmets en clin d'oeil le passage d'un lit d'eau (je dois avouer que ce n'était pas un fleuve en furie) sur son dos pour que je n'ai pas à retirer mes chaussures et aussi pour la photo !!
Le mercredi s'est déjà le retour : j'ai des vertiges rien qu'à repenser au trajet. Il est 23h quand nous arrivons à Kpalimé. C'est la première fois que je vois les rues désertes, jusqu'à présent il y avait toujours eu les petites lampes à pétrole (boite de nescafé recyclée) pour allumer la nuit de milles visages et étalages en ombres chinoises. Il est vraiment trop tard (en Afrique, la journée commence tôt : souvent 3h du matin...) : je suis fatiguée, ma nuit avait commencé ds le taxi... je cherche des yeux les vers luisants qui s'allument quand l'obscurité tombe, visiblement ils dorment aussi où ce sont mes yeux qui ne voient déjà plus !!!!
Jeudi matin : j'ai un début de mal au crâne : rien de surprenant après le voyage de la veille ! Je prends un cachet et vais avaler ma bouillie mais sans faim : je repars pour visiter un centre de séchage des ananas bio et équitable (2ème visite pour voir l'outil de transfo fonctionner). Je vais en zem (taxi moto) jusqu'à la gare de taxi brousse : j'aime avoir le vent dans les yeux, un p'tit air de fraîcheur et de légèreté...
Le taxi brousse dépasse l'arrêt : je suis quitte pour allonger un peu ma marche sur les 4 km de piste qui vt au centre. Cette balade qui aurait du me ravir, pèse lourd ds mes baskets, j'ai de la glue aux semelles... un technicien m'accueille et commence les explications... mais aujourd'hui est un mauvais jour, j'ai maintenant un essaim d'abeilles ds les oreilles : je dde à me poser 2 minutes, je trouve le calme d'une chambre où j'ai froid tout à coup ; je m'endors ds mon ciré. C'est en me réveillant que l'idée du palu s'allume et bien évidemment, je n'ai pas pris de traitement de malarone avec moi !
Retour sur Kpalimé moins l'épisode marche à pied : je suis raccompagnée jusqu'au goudron en voiture d'où je reprends le taxi brousse (là il commence à me sortir par la tête les taxi brousses mais ma tête ne pense déjà plus).
Arrivée à Kpalimé, zem jusqu'à la clinique des Plateaux (c'est le nom de lu rue où j'ai vécu une bonne partie de mon enfance parisienne !) du Dr Wattor (conseillé par l'Ambassade de France) qui m'avait déjà examiné ma brûlure.. Le Dr n'est pas là : moi je veux juste un lit pour fermer les yeux...
Dans la salle d'attente où je l'attends il y a une photo, une immense photo : quand je pose les yeux dessus, c'est comme un p'tit air de déjà vu, déjà senti, déjà été, un air de nostalgie, un air de là bas, de j'aimerais bien y être maintenant : c'est une photo d'un village des Hautes Alpes je pense. Les montagnes en arrière plan sont encore un peu enneigées, on devine à la couleur du soleil qui se couche que c'est le début du printemps. Je m'imagine sur la place du village, sur un banc sous un arbre centenaire à écouter le chant des cigales et le bruit du vent et les boules des vieux qui s'entrechoquent et le rire cristallin des enfants qui jouent à la marelle... Quoi ? je pleure ? Presque c'est comme si ce paysage et moi n'étions qu'un, comme si tout ça était en moi, très profond mais sans lourdeur : au centre... je suis émue aux larmes, émue de me sentir relier, de savoir que ma force vient de cette terre, celles des Alpes et de l'air des montagnes de chez nous qui m'enveloppe maintenant de sa fraîcheur légère comme d'un manteau doré envolé, une plume de caresse...je suis émue de me dire que mes racines sont en terre là bas, que je peux puiser dedans même à l'autre bout du monde, que c'est un lien solide, qu'il ne me lâchera pas, palu ou non, que je peux m'appuyer sur cette certitude : je m'appuie, l'infirmière m'appelle.
Dr Wattor me dde mes symptômes et diagnostic un palu : inutile de faire d'autres examens, ça ne peut être que ça !
Il me dde ensuite si j'ai déjà eu : - des piqures ds les fesses : du plus loin que mes souvenirs remontent, je ne crois pas : il dit qu'il ne sera alors pas le premier à m'en faire (je n'ai pas cherché à savoir ce que ça voulait dire me souvenant qu'un ami qui avait eu une piqûre en Am Latine ds son dit postérieur avait eu des effets secondaires car le nerf sciatique avait été touché),
- des perfusions : nouvelle négative des 2 côtés,
ce sera donc un traitement par voie orale classique : reste à choisir l'antipaludéen car la pharmacie de la clinique en regorge visiblement de toute une quantité : il me dde de choisir un nom ! Va pour le Cotecxin (made in China) ca sonne bien, ça n'a pas l'air douloureux...
Avant de quitter son cabinet, le Dr me dde « Ca va aller ». Je rigole malgré mes 39°3 : « C'est vous le Dr, pas moi » et lui de répondre : « Il n'y a pas de meilleur médecin que soi même »... mais qu'est ce que je fais là, alors ???
En arrivant ds la chambre (la numéro 7, c'est mon chiffre fétiche vu que j'en ai la bagatelle de 3 ds ma date de naissance), je comprends tt de suite pourquoi j'ai eu le palu : pour me retrouver là et faire une pause dans cette chambre blanche et propre avec une vraie douche et de vrai toilette (la seule douche de l'hôpital d'ailleurs (je le compris plus tard) où les infirmières viendront chaque matin se rafraîchir de leur garde...).
La porte se ferme et je goûte entre fièvre, nausées et mal de tête le repos tant recherché (si j'avais réussi à le sentir avant, aurais-je eu une autre attitude ?).
Je sors au matin du 3ème jour : Komla est venu me chercher : je nage ds une espèce d'euphorie bizarre, une énergie surprenante : j'ai le sentiment que le Cotexcin pourrait outre l'antipaludéen, être un trés bon dopant ! Je passe l'aprés midi à écrire des mails ce qui vaudra à qlque uns de s'inquiéter par la suite ...
En regagnant ma chambre le soir, je reste les yeux ouverts ds le noir : tout à coup l'humidité de l'air me parait insupportable de même que ce lit avec un matelat bourré de paille... j'ai un poids énorme qui me monte de la poitrine, ce ne sont plus simplement mes conditions de vie ici qui m'apparaissent difficiles c'est aussi et surtout la vie de ceux dont je partage l'existence depuis un mois: dur, si dur... je m'étais protéger en me disant que les gens étaient pauvres mais dignes, que ca ne les empêchaient pas de rire, qu'il y avait une certaine joie de vivre ds tout ça. Mais là ce soir, je vois derrière ces rires la seule bouée d'oxygène qui restent à ceux qui pensent avant tout à nourrir leur famille, gagnant le jour ce qui leur permettra de manger le lendemain... quand l'heure est à la survie ou est l'énergie pour entreprendre ? Comment ai je pu vivre sans en être plus conscience : à côté et non pas avec (peut être cela n'aurait pas été supportable autrement) ?
Viennent les larmes, douloureuses : pas des larmes de pitié, ni des larmes sur moi même : des larmes face à ce qui est et qui est dur n'ayons pas peur de le dire... je laisse couler, ça me fait du bien de lacher prise, d'accepter de voir les choses telles qu'elles sont pour en faire partie tout en sachant que je ne risque pas de m'y perdre : ca peut paraître dur à dire mais ce malheur n'est pas le mien ! Par contre, maintenant que je vois clair quelle sera mon choix en France : je reviens le sourire aux lèvres, je parle du voyage, de l'exotisme et je reprends ma vie avec une certaine fierté de mener BiauMonde où je donne du sens à tout ça ?
Une seule question me vient : que faire ? J'ai le cerveau qui fonctionne à toute vitesse et les idées me paraissent tellement claires : je n'ai pas d'effort à fournir, juste à lire ce qui défile ds ma tête avec tant de netteté que ca m'apparaît comme une évidence : créer une entreprise qui soutiennent le développement de micro-projets de transformation de fruits en donnant accès à des groupements de producteurs à l'investissement et en leur garantissant sur une certaine durée et certains volumes un marché à l'export... tous les partenaires que j'ai pour BiauMonde seront là avec leur compétence et leur réseau pour appuyer les activités de cette future entreprise... Je m'endors sur cette certitude. Les togolais parlent souvent de vision pour décrire les projets collectifs qu'il mettent en place : je crois avoir eu ma première vision !
Au réveil, elle est toujours là : je sais que je n'ai plus « rien à faire en Afrique » je dois poser des jalons en France avant mon nouveau départ.
Komla m'écoute et ne semble pas surpris : je partirais le lundi pour Cotonou où je dois voir la derniére personne avant mon départ du Togo (un autre centre de séchage des ananas bio). Je serais le mardi à Abomey au Bénin pour faire un bilan de mon séjour togolais avec le centre de séchage et le mercredi midi à Ouegbo auprés des producteurs d'ananas et le soir je prendrais le vol pour la France....
Et c'est ce qui se passa ! Je suis donc arivée en France jeudi matin en 10 sans que personne ne m'y attende si tôt mais sachant que je devais être là et pas ailleurs !!!!
Depuis j'ai eu besoin de faire une pause, une parenthèse qui s'est achevé hier à ma sortie du CHU de Grenoble où j'ai fait un petit séjour pour soigner ma 2ème crise de palu !
En sortant de l'hopital, les moutons du ciel jouaient à cache cache avec le soleil : j'ai pris une grande inspiration à pleins poumons comme doivent le faire les cétacés quand ils remontent la surface : l'air chez nous est si clair et cristallin ! Le cachalot refaisait surface !
C'est bon la VIE !!!!!
Bises à vous tous, je suis toute proche de vous (géographiquement car vous ne m'avez pas quittée) pour tout le mois d'octobre !!!!
Marion BiauMonde |
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